Olivier Jean Baptiste Lavielle

Olivier Jean Baptiste Lavielle

 

J'ai toujours eu la tête en l'air. Le bleu changeant du ciel, cet espace infini, ce point commun qu'ont tous les hommes, si proche et pourtant si inaccessible, si familier et pourtant si étranger...

 

J'ai toujours eu le regard tourné vers l'horizon, à me demander ce qu'il pouvait bien se cacher derrière, tout au bout de ces routes infinies, derrière les montagnes, derrière les collines et les plaines...

 

Plus excitant encore que le besoin de savoir, il s'est vite avéré que ce que j'aimais le plus, c'était justement de ne pas savoir. D'avoir sans cesse le besoin de chercher, de découvrir, de partir à l'aventure, de me mettre en danger, de me sentir vivre.

 

Étant enfant, j'ai eu la chance d'avoir des parents formidables qui ont très tôt nourri cet appétit insatiable de curiosité, de découverte.

 

Plutôt que de s'acheter à crédit le dernier truc qui ferait râler les voisins, ils ont mis chaque sou de coté pour nous emmener, mon frère et moi, aussi loin que leurs moyens le leur permettaient. Et ce fut le plus beau cadeau qu'ils aient pu jamais m'offrir : m'emmener au delà de la montagne, bien après la vallée, au delà de la mer...

Et vous savez quoi?

Même au delà de l'au-delà, il y a encore un horizon. L'aventure est perpétuelle, l'imagination n'a pas de limite!

 

Mais plus beau encore que d'avancer vers un horizon perpétuel, mes parents, après un sacrifice dont je leur serais toujours reconnaissant, ont à jamais changé ma vie. Ils m'ont payé un billet d'avion....

 

Comme beaucoup, pour moi, voyager  était synonyme d'automobile. Une immense partie de mes voyages avec ma famille s'est fait en voiture.

 

L'automobile... La liberté à la portée de tous. J'ai toujours aimé ce mode de transport.

 

L'inestimable possibilité de pouvoir partir plus loin que la vue même, là, maintenant, tout de suite....

 

Pouvoir être libre d'aller jusqu'à la mer, demain, tout à l'heure, maintenant....

 

Être libre de rejoindre quelqu'un que vous aimez juste parce que vous en avez besoin. La voiture comme le cheval d'antan est une chance inestimable, une création géniale, un démultiplicateur de possibilités.

 

La voiture a redonné à l'homme sa fonction première, ce cadeau précieux qui ne devrait jamais cesser de nous porter : le goût de la découverte.

 

Mais, la voiture, comme le reste, est devenu un dû, un objet de consommation courant.... un accessoire de mode.... De sa fonction héroïque, la voiture est passée au statut de simple outil, symbole de la déchéance et de la fainéantise de l'homme moderne...

 

Le symbole d'une société en perte de repères, d'une société du "prêt à consommer" où tout s'use et se jette si rapidement que rien ne laisse plus de souvenirs impérissables....

 

Si bien que plus rien ne se mérite, si bien que le goût même de la découverte et de l'aventure n'a plus de saveur.

 

Je pourrais passer des pages et des pages à vous expliquer pourquoi je n'aime pas les voitures modernes, mais je préfère de loin essayer de vous faire partager ma passion pour les vieilles merveilles roulantes qui habitent mon monde de substitution.

 

J'ai eu le plaisir d'être le propriétaire de quelque unes de ces merveilles d'autrefois... Enfin, pour dire la vérité, j'ai eu l'immense plaisir d'être possédé par quelques unes des ces pimpantes vieilles dames, reines incontestées de l'asphalte.

 

Des machines merveilleuses, fabriquées avec l'amour de l'art, par des humains pour des humains, et ça aussi, ça voulait dire beaucoup....

 

De fantastiques œuvres d'art nées de fournaises infernales, toutes étincelantes de chromes et de matériaux nobles, dessinées pour séduire, fabriquées pour durer....

 

Fabriquées pour durer.... Tout un symbole là encore.... Ho, bien sûr, elles coûtaient cher, l'effort était réel pour s'offrir une de ces merveilles... Mais vous pouviez espérer la donner un jour à vos enfants.... Et vos enfants aux leurs... Combien de temps pensez-vous garder votre voiture moderne? Regardez les encore rouler, fringantes et élégantes, les voitures de nos grands parents!....

 

Oui elles me fascinent et m'enivrent, elles me charment et m'envoutent... Elles vivent. Leur cœur atmosphérique bat la mesure alors que les kilomètres sont dévorés... La symphonie d'un V8 n'a d'égal que sa vibration légendaire qui accompagne le défilé des paysages qui n’en deviennent que plus somptueux.

 

J'aime rouler.

 

J'aime rouler sur les routes infinies de Californie.

 

Le serpent d'asphalte se déroule entre sable et cactus. Le soleil brulant se reflète sur le chrome étincelant, un nuage de poussière me poursuit, fidèle compagnon de mon rétroviseur...

 

La symphonie précise d'un V8 sauvage, comme la bande originale du film aux paysages émouvants dont mon pare brise devient l'écran, format cinémascope...

 

Rouler dans une voiture d'un autre temps, ce n'est pas seulement rouler dans une voiture. C'est rouler dans une époque.

 

S'installer au volant d'une Studebaker, d'une Camaro, d'une Auburn, d'une Thunderbird ou d'une Mustang, ce n'est pas avoir du style, c'est basculer délicieusement dans un voyage temporel.... Un voyage vers une époque durant laquelle tout était encore possible, un voyage pour une destination que l'on a quittée  et définitivement perdue de vue...

 

Et pourtant tout est là... Il suffit de bien regarder, il suffit de poser ses mains sur un volant d'acier et de bois, de tourner la clef de contact et de se laisser entrainer par la furie mélodique de quelques centaines de chevaux vapeur...

 

Il suffit d'accepter que partir est une aventure qui nécessite bien souvent de la patience...

 

Les automobilistes d'antan savaient écouter leur machine, savaient quand il fallait s'arrêter pour remettre de l'huile dans les carburateurs, ils savaient quand le circuit d'essence était encrassé et savaient aussi combien il était bon parfois de ne pas savoir et de se retrouver sur le bord d'une route a compter sur la solidarité bienveillante des automobilistes d'avant, qui savaient tendre la main selon le code d'honneur implicite de la route d'alors,  identique à celui des marins et aujourd'hui, hélas, disparu!

 

A cette époque on avait le temps... On en savourait d'autant plus la joie d'atteindre sa destination.... La vie avait un goût d'aventure que la vie moderne n'a plus...

 

Mais la voiture ne peut aller plus loin que là ou l'homme s'est arrêté de construire des routes....

 

C'est ainsi que mes parents m’ont offert ce billet… Et c’est ainsi que la première fois que j'ai pris l'avion j'ai su... La liberté, la sensation que rien ne peut plus m'arrêter.... L'ivresse insensée d'un rêve fou... voler.... Aller plus loin que les montagnes et les déserts... J'ai su que plus encore que la route, le ciel offrait la liberté!

 

Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour savoir que, cette odeur de Kérosène, ce bruit assourdissant de turbines enragées, ce miracle invraisemblable qui fait s'arracher du sol 300 tonnes de métal avec la grâce d'une danseuse de ballet, non, il ne m'a pas fallu bien longtemps pour savoir que c'était là que je voulais passer ma vie... Parmi les avions… Dans le ciel…. Dans cet infini, au milieu des nuages, la tête en l'air...

 

Alors j'ai volé... j'ai volé à en perdre la tête, à m'enivrer de cette sensation grisante et palpitante. Je me suis installé aux commandes de machines incroyables, j'ai été passager d'autres machines encore plus incroyables, j'ai volé et je vole encore et c'est bien tout ce qui compte....

 

Un miracle insensé...

 

La terre est devenue un terrain de jeux palpitant.

 

Une chance inouïe...

 

Pouvoir explorer une planète, ma planète...

 

C'est ainsi que l'aviation est un miracle... Elle a tracé un trait d'union dans les nuages pour rapprocher les peuples, elle a lié des gens qui ne se seraient jamais connu autrement, elle a permis à des gens d'ici de sauver la vie de gens qui habitaient là-bas, elle a donné la possibilité de penser là-bas à une idée géniale et de la partager ici, elle a jeté des ponts par dessus les océans, elle a fait grandir l'homme jusqu'à lui faire toucher la lune....

 

Mais comme l'automobile, l'aviation, tout en restant un miracle fantastique, a perdu un peu de sa superbe.... C'est ainsi que bien des gens aujourd'hui prennent l'avion comme on prend le bus, sans jamais, à aucun moment, prendre le temps de se souvenir de l'aventure que c'est  de voler....

 

Alors oui, comme pour mes vieilles automobiles, je me surprends nostalgique d'une aviation à la Mermoz, une aviation qui se méritait, une aviation pour laquelle les pilotes étaient encore des héros, grands aventuriers qui pouvaient piloter les yeux bandés,  à l'oreille, juste en écoutant leur machine merveilleuse avec laquelle ils ne faisaient qu'un....

 

Rien à voir alors, avec ces avions modernes aux couleurs commerciales et aux lignes bien lisses... Trop lisses... Ils sont tristes... Tellement tristes que plus personne, en dehors des professionnels du secteur, ne peut les reconnaitre...

 

Là encore je pourrais  vous dresser une liste, non exhaustive, de griefs divers et variés, mais je préfère encore de loin vous expliquer ma passion dévorante pour les machines volantes d'autrefois.

 

Il suffit de poser un instant son regard sur ces fantastiques machines... Là où d'aucun verrait un amas de rivets et de ferraille, il ne faut pas longtemps à qui sait observer pour saisir la poésie d'une main d'artiste, qui a su donner vie aux plus incroyables machines de notre époque!

 

Car oui c'est de la poésie, c'est même plus que ça, c'est littéralement l'âme humaine et son désir de découverte qui a enfanté l'aviation. Des hommes et des femmes qui ont levé les yeux au ciel et qui se sont dit qu'ils ne pouvaient en rester là... Alors, de ce rêve merveilleusement candide, est né l'aviation.... sont nés les avions.

 

Je ne me lasse pas d'observer à quel point, malgré leur but premier de créer une machine volante efficace, des hommes ont su en faire des œuvres d'art. A cette époque, même l'aviation de guerre ne se privait pas d'une esthétique transcendante. Les pilotes aimaient voler, mais plus encore, ils pouvaient tomber fou amoureux de leurs machines... Il suffit de croiser un jour le vol gracieux d'un B17 ou d'un P-51 Mustang, pour comprendre... La finesse inattendue d'une forteresse volante B-17 évoluant à basse altitude, son élégant profil, le bourdonnement assourdissant de ses quatre moteurs Wright et leurs neuf cylindres en étoile, développant chacun 1200 chevaux... La nervosité précise et sauvage d'un P-51 mustang qui porte si bien son nom! Son moteur Rolls Royce Merlin de 1700 chevaux, sa ligne svelte et puissante, un vrai étalon de course... Comment ne pas les aimer d'amour, ils ont tous une âme, ils ont tous une histoire, ils ont tous écrit la notre...

 

 

Alors voila, vous l'aurez compris, je n'ai pas de message à faire passer... Je laisse ça à d'autres qui le font bien mieux que moi!

 

Non, Je voudrais juste vous offrir un voyage dans le temps... Vous emmener avec moi vers un monde qui n'est plus, vers un rêve qui s'est envolé mais que l'on peut encore deviner quand on ouvre grand ses yeux! On peut même presque y vivre encore! C'est ce que j'essaie de faire désespérément... Pour retrouver le charme, la profondeur, la poésie, l'aventure...

 

Ces photos, c'est ainsi que le monde existe encore dans mon esprit. Souvent en cinémascope, toujours dans la couleur qui m'évoque l'époque de mes sujets, comme un hommage, comme une nostalgie perpétuelle, le simple rêve de les faire vivre encore et encore...

 

Elles sont aussi un hommage appuyé à l'aventure incroyable de l'homme sur la terre et dans le ciel, un hommage à tous ceux qui se sont sacrifiés en temps de guerre comme en temps de paix, pour que nous vivions libres, pour que nous puissions aller plus loin, pour que nous puissions aller plus vite...

 

Je ne peux m'empêcher de regretter d'être arrivé un peu trop tard pour vivre cette fantastique aventure en tant que pionnier, et un peu trop tôt pour pouvoir avoir le privilège de parcourir… L'Espace, la dernière frontière...

 

 

 

© Copyright 2014 - Olivier Lavielle.

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